26 octobre 2008

Sur le lyrisme de Gisèle Barbotin, I

Gisèle Barbotin 1934.jpg

     Dans l’œuvre courte de cette poétesse, l’émerveillement tient ensemble amour humain et amour de la nature, qui convergent vers ce que Gisèle Barbotin (1900-1958) admet avec force : l’Amour de Dieu. Cette poésie est résolument religieuse, humainement religieuse :

 

Tout m’exalte, tout m’ensorcelle

Ou m’accable, ou me fait mourir ;

J’ai des ailes pour le plaisir,

Des larmes pour le souvenir,

Des baisers quand l’amour m’appelle.

 

Mon Dieu, je crois que je blasphème,

Mais pourquoi m’avoir faite ainsi,

L’âme tremblante de souci,

Et le corps frémissant aussi

Comme brûlé d’ardeur extrême.[1]

 

Ses élans, Barbotin les confesse avant même de s’y adonner sur la page. Car son premier recueil, Toute vie a son charme, publié en 1933, comporte dans ses dernières pages cet aveu :

 

J’ai péché, j’ai souffert, j’ai traîné mon envie

A travers les désirs immodérés et vains.

L’amour me semblait tout, l’argent tentait mes mains ;

J’oubliais en vivant que Toi seul es la Vie.[2]

 

C’est dans ce poème, « Recueillement », que Barbotin annonce La douleur dans l’Amour, qu’elle publiera l’année suivante. Elle y évoque les baisers, l’ivresse et la tristesse. Comme Noailles et Vivien en leur temps, la poétesse se dévoile :

 

De ton corps, de ta chaude lèvre,

De tes doigts, de tes bras nerveux,

De ta jeune voix qui m’enfièvre,

Et du sombre éclat de tes yeux.[3]

 

Pourtant, il n’y aucune mièvrerie dans cette écriture mais un souhait toujours renouvelé de ne jamais être seule. Barbotin a besoin de Dieu pour être forte et lumineuse : d’une confiance infaillible, la poétesse s’avance devant le mort, nue et sans peur :

 

Mort, tu peux me broyer dans tes bras de squelette,

Je ne sentirai pas l’horrible craquement.

Je n’ai plus que mon âme, immortelle et muette,

Car l’Amour a rongé mon cœur, et bu mon sang.[4]

 



[1] « Capricieuse » in Toute vie a son charme, seconde partie, p. 92 (1933)

[2] « Recueillement », ibid, p. 94

[3] « Pour toi » in La douleur dans l’Amour, p. 14 (1934)

[4] « La mort », ibid., p. 81.