16 décembre 2008
Nature du poème
Les poèmes sont semblables à des « cristaux déposés après l’effervescent contact de l’esprit avec la réalité ». C’est cette belle expression de Reverdy qui, selon nous, donne à la poésie toute sa signification. La métaphore fait du poème un résidu, un reste, l’effet d’un acte : la réification d’une pensée, d’une correspondance inouïe. Ainsi, nous comprenons que le plus improbable n’est pas « l’effervescent contact de l’esprit avec la réalité » mais le résultat hasardeux de cette rencontre : le poème échappe au poète, s’invente et se déploie.
Face à cette destinée du poème, il ne s’agit pas maintenant pour l’auteur de composer des vers, mais de lancer l’idée, de dire l’essentiel en un geste ample et simple, comme une esquisse.
Voici le point du jour
Voici la tête grise
Le masque de la nuit tombe dans les étangs
Et la figure rit
Le soleil dans les cimes
- sous les coups du sort
Les vagues ruines
La mer délabrée
Et le tour qui lime
Détend les ressorts[1]
Dépouillé, ne donnant à lire que le lien admirable qu’il existe entre ce monde et l’esprit, le poème n’est plus qu’une forme vivante et autonome, tissée d’images innombrables, comme autant de résonnances et d’échos produits par le fiat du poète.
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10 décembre 2008
Printemps

Un très beau poème de Sabine Sicaud, et d’une sensibilité inouïe.
(in Douleur, je vous déteste [posthume, 1958])
Et puis, c'est oublié.
Ai-je pensé, vraiment, ces choses-là ?
Bon soleil, te voilà
Sur les bourgeons poisseux qui vont se déplier.
Le miracle est partout.
Le miracle est en moi qui ne me souviens plus.
Il fait clair, il fait gai sur les bourgeons velus ;
Il fait beau - voilà tout.
Je m'étire, j'étends mes bras au bon soleil
Pour qu'il les dore comme avant, qu'ils soient pareils
Aux premiers abricots dans les feuilles de juin.
L'herbe ondule au fil du chemin
Sous le galop du vent qui rit.
Les pâquerettes ont fleuri.
Je viens, je viens ! Mes pieds dansent tout seuls
Comme les pieds du vent rieur,
Comme ceux des moineaux sur les doigts du tilleul.
(Tant de gris au-dehors, de gris intérieur,
De pluie et de brouillard, était-ce donc hier ?)
Ne me rappelez rien. Le ciel est si léger !
Vous ne saurez jamais tout le bonheur que j'ai
A sentir la fraîcheur légère de cet air.
Un rameau vert aux dents comme le " Passeur d'eau " ,
J'ai sans doute ramé bien des nuits, biens des jours...
Ne me rappelez rien. C'est oublié. Je cours
Sur le rivage neuf où pointent les roseaux.
Rameau vert du Passeur ou branche qu'apporta
La colombe de l'Arche, ah ! la verte saveur
Du buisson que tondra la chèvre aux yeux rêveurs !
Etre chèvre sans corde, éblouie à ce tas
De bourgeons lumineux qui mettent un halo
Sur la campagne verte - aller droit devant soi
Dans le bruit de grelots
Du ruisseau vagabond - suivre n'importe quoi,
Sauter absurdement, pour sauter - rire au vent
Pour l'unique raison de rire... Comme Avant !
C'est l'oubli, je vous dis, l'oubli miraculeux.
Votre visage même à qui j'en ai voulu
De trop guetter le mien, je ne m'en souviens plus,
C'est un autre visage - et mes deux chats frileux,
Mon grand Dikette - chien sont d'autres compagnons
Faits pour gens bien portant, nouveaux, ressuscités.
Bon soleil, bon soleil, voici que nous baignons
Dans cette clarté chaude où va blondir l'été.
Hier n'existe plus. Qui donc parlait d'hier ?
Il fait doux, il fait gai sur les bourgeons ouverts...
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09 décembre 2008
Laudes
Sur le froid
des pierres.
Au matin,
Les songes
Se dissipent.
La lumière
les chasse.
Cent visages
Baignés de rayons
Se lèvent.
10:22 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


