16 juillet 2009

Paysage d'enfance

D’ici nous la voyons qui monte

       Dessous les blés or et frais

               Comme avant le soir.

 

La terre, dos rond et nue pourtant,

          Se donne aux yeux ardents,

               Convertis à la mémoire.

 

Et le chemin stridule, lance

   Des trilles infinis et noirs,

            Mauves et moirés

 

Jusqu’au soleil, là-bas, étouffant.

30 juin 2009

Dans Notre-Dame de Paris

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                La venue dans Notre-Dame n’est pas seulement celle de l’homme, elle est aussi celle du chrétien qui voit au cœur de la cathédrale la manifestation même de l’Esprit auquel chacun participe. Notre-Dame vibre toute entière par cet Esprit vivant, soufflant à chacun de nos pas. La grandeur et la majesté du lieu impose le silence et fait naître au fond du cœur l’immense joie chrétienne.  Partout, l’Esprit invite à l’acte de foi, partout le Christ rayonne et embrasse ceux qu’il a sauvés.  Mais l’émerveillement est dans le regard seul. Et le regard c’est le vitrail, le pilier vivant, la Croix immense : regard et présence même de Dieu, source réelle de toutes les valeurs, de tous les possibles. Cette maison de Dieu, où bat le cœur chrétien, élève et guérit.

 

 

                                                                                                                                                                                                                                     Paris, 30 juin 2009.

18 juin 2009

L'élégie particulière de Jacques Chessex

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Pardon mère, ouvrage récent de Jacques Chessex, s’ouvre sur une parole de Jean, pleine de regret et de doute. Mais ce n’est pas le livre de la démission ni du brouillard pathétique : il est gros de lucidité.

            L’auteur regrette de ne pas avoir célébré sa mère dans toute sa simplicité, pour ce qu’elle avait de rassurant et de pudique alors que cette femme l’aimait « jalousement ».

D’abord la langue : le verbe remarquable de Jacques Chessex, d’un accent poétique souvent inattendu. Et la poésie de l’auteur est toujours proche du sensible, c’est une musicalité qui naît de l’effleurement des larmes : jamais l’auteur ne se lamente mais toujours il élève, augmente et rend à la tristesse sa dignité intellectuelle. En cela, l’ouvrage est un véritable tombeau.

 

« O mère. Qui est le plus puni dans cette terrible image de nous, à cet instant, dans ta chambre de la Pensée, ton dernier lieu même pas à toi sur cette terre : toi si proche de ta mort, ou moi qui te survivrai pour revoir à chaque moment ton tendre spectre martyrisé entre la mémoire de ta vie, ton amour de moi, et le néant où tu vas. » (p. 62)

 

            C’est l’impitoyable condamnation : survivre à sa mère lorsque l’on se considère désormais comme un mauvais fils.

            Et pourtant l’auteur ne cherche pas à devenir Richard Ford, qu’il cite en enviant l’amour de ce dernier pour sa propre mère. Il accepte tout. Mais il transfigure ses remords en un beau tableau poétique dans lequel les élans sont toujours maîtrisés par quelques souvenirs ou anecdotes.

            Lorsque l’auteur évoque les Bladt, famille juive que sa mère fréquentait, ce sont aussi les horreurs de Payerne qui reviennent, comme ce Juif pour l’exemple sur lequel Jacques Chessex vient récemment d’écrire un livre.

            C’est un combat, aussi, entre une mère à la morale austère mais juste et la montée de l’intolérance : le Calvinisme contre l’idéologie folle du Reich.

            Vaine résistance, mais noble effort : mère dont tout traduit la noblesse. Le « chant d’un merle », « oiseau tenace » qui « fouille » le cœur de l’auteur et dont chaque trille lui rappelle les reproches de sa mère, qu’il pense avoir délaissé.

Or l’amour est bien là, plus fort que tout, qui le force à écrire ce livre...

06 juin 2009

Prairie

Avant l’aigre

Et doux

Et libre

Oubli

 

Il y a demain, là-bas, la Verdure

Qui n’est pas foulée

Qui n’est pas touchée

 

Et sans doute elle

Ne se possède que

 

Par les yeux, par la gorge.

 

Respirée, vue,

Immense et vibratile

 

Voici la contagion

De la virginité qui gagne

L’espace

 

Et fait se courber le passant.

 

Du ruisseau jusqu’aux arbres

Il n’y a que le pinceau

De l’esprit

Pour la dire.

11 avril 2009

Paul Claudel, "Nuit de Pâques".

A travers la fenêtre, sans rideau, depuis longtemps je vois une petite étoile me luire.

Je ne dors pas. Mais entre le Samedi-Saint et Pâques, la nuit n'est pas faite pour dormir !

Les montagnes et les forêts attendent, elles m'entourent dans une émanation lumineuse.

La pleine lune, pas à pas, élève, suspend sa face pieuse...

 

Le soleil n'est pas levé encore : il y a une heure encore de cette immense solitude !

Il n'y a, pour garder le tombeau, que ces millions d'étoiles en armes, vigilantes depuis le pôle jusqu'au Sud !

 

Et tout à coup, dans le clair de lune, les cloches, en une grappe énorme dans le clocher,

Les cloches au milieu de la nuit, comme d'elles-mêmes, les cloches se sont mises à sonner !

On ne comprend pas ce qu'elles disent, elles parlent toutes à la fois !

Ce qui les empêche de parler, c'est l'amour, la surprise toutes ensemble de la joie !

Ce n'est pas un faible murmure, ce n'est pas cette langue au milieu de nous-mêmes suspendue

qui commence à remuer !

 

C'est la cloche vers les quatre horizons chrétienne qui sonne à toute volée !...

Vous qui dormez, ne craignez point, parce que c'est vrai que j'ai vaincu la mort!

J'étais mort, et je suis ressuscité dans mon âme et dans mon corps !

La loi du chaos est vaincue et le Tartare est souffleté !

La terre qui, dans un ouragan de cloches de toutes parts s'ébranle, vous apprend que je suis ressuscité!

 

 In Toi, qui es-tu ?, Paris, Gallimard, 1946.