13 août 2009

Penser le spiritualisme aujourd'hui

« L’esprit fini ne peut poursuivre que sa spiritualisation. »

 

                                                                          René LE SENNE

 

 

            La philosophie a abandonné ce qui faisait sa gloire et sa profondeur : la métaphysique.  Sans doute notre réflexion sera-t-elle aussi vieille que les problèmes soulevés. Mais qu’importe : il n’y a pas d’anciennes et de nouvelles philosophies, mais différentes manières s’envisager l’être et le réel. Il fut un temps, et peut-être encore aujourd’hui, où l’on croyait que la métaphysique était incapable de comprendre l’évolution du monde et par là même les changements qui s’opéraient au cœur de nos sociétés. Et l’on s’est demandé : que peut-elle dire, la métaphysique, de la guerre, de la politique, du monde ? On demandait d’ailleurs, plus spécifiquement, la même chose à l’idéalisme au début du XXème siècle.

 

            Si le positivisme n’a jamais réussi à se débarrasser de la métaphysique, cette dernière n’a pourtant ni résisté au succès des sciences humaines ni à la phénoménologie, qui prétend aller plus loin qu’elle en libérant les phénomènes d’un substrat gênant qu’on nomme « être ». On juge alors que les métaphysiques ou les « spiritualismes » comme on les appelait, n’ont plus rien à nous dire : Blondel, Bergson et les autres n’ont qu’à se taire.

 

            Comme le proclamait Bergson, la métaphysique est le moyen de posséder la réalité absolument au lieu de la connaître relativement. Belle formule, qui pourtant n’a pas eu l’air de se répandre. Mais peut-on simplement en finir avec la métaphysique ? Si nous ne pouvons pas répondre à cette question, nous pouvons au moins montrer l’originalité de la métaphysique. Si les sciences humaines  divisent le monde pour le saisir et si les sciences exactes se targuent de dire des vérités, la métaphysique, elle, pose l’esprit comme une réalité inscrite au cœur de l’être.

 

            Ce rapport entre l’esprit et l’Esprit, l’Être et les êtres, est le plus beau et sans doute le plus profond de toute la philosophie, et c’est pour cela qu’il n’est pas étonnant qu’on veuille soit le dépasser soit l’approfondir. Dans « Religion et philosophie de l’esprit » in Ecrits philosophiques, III (1958), Brunschvicg rapportait cette phrase de Pascal : « Comme nous ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un être qui soit en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d’un chacun de tous les hommes. Or, il n’y a que l’Être universel qui soit tel. Le royaume de Dieu est en nous : le bien universel est en nous, est nous-mêmes, et n’est pas nous » Sans savoir s’ils la connaissaient, beaucoup de philosophes ont compris cette phrase ; Lavelle notamment. On peut même dire que ce dernier consacra son œuvre à l’explicitation de cette vue de Pascal, en analysant frénétiquement le rapport qu’il existe entre le moi et l’Être.

 

            L’esprit de la métaphysique ou la métaphysique de l’esprit : ce mot « esprit » est aussi l’un des plus confus de la pensée. C’est une réalité, celle de la pensée, non séparée de l’intelligence. Il ne faut pas croire, avec Bergson, que la vie de l’esprit se réduit à un secret enfermé en chacun de nous : il faut ouvrir vers le rationalisme sans l’atteindre c’est-à-dire ne pas délaisser l’analyse, en ce sens que cette dernière réintroduit dans l’être la compréhension. D’ailleurs nous allons ici faire exprès d’exhumer un philosophe intéressant : Lachelier. Il montrait dans un article célèbre de 1885, Psychologie et métaphysique, qu’il y avait un progrès de l’esprit : cela ne veut pas dire que l’esprit est meilleur selon les époques, mais plutôt qu’il s’échelonne sur différents niveaux de conscience : la conscience sensible (représentation), intellectuelle (liaison des phénomènes) et enfin pure conscience (affirmation de soi et pure liberté). Le spiritualisme ne peut se passer de l’intellectualisme, voilà ce que revendiquait Lachelier. Le réel n’est que pour un esprit, en ce sens que ce réel doit être compris. En ce sens, Le Senne avait très justement qualifié l’esprit d’ « unité dynamique de liaison ».

 

            Plus encore, l’esprit est un foyer d’attention. Dans son Introduction à la philosophie, Le Senne montrait que « quand j’affirme que je suis un esprit, je veux dire que je me distingue des choses par la conscience que corrélativement j’ai d’elles et de moi ».  Foyer d’attention parce que foyer de relations (intériorité et extériorité, fini et infini, sujet et objet, être et devoir-être), et l’esprit comporte aussi, en lui-même, la contradiction. L’obstacle (par exemple un choix à effectuer) est la marque même de la vie de l’esprit : pour Le Senne, une conscience dérangée, gênée par la contradiction, tentera de s’élever. Devant tout obstacle, en vertu de cette élévation, s’opère un passage du moi empirique au moi de la valeur, orienté vers l’Absolu. En cela d’ailleurs, métaphysique et morale vont ensemble.

           

            Où voulons-nous en venir ? Aujourd’hui, l’impossibilité d’une grande métaphysique, d’un grand spiritualisme, relève de notre époque elle-même. L’apparition de l’obstacle ne suscite plus aucune montée vers la moralité parce que l’esprit se défait et digère sans broncher les contradictions les plus immondes. Dans cette relation entre intériorité et extériorité, tissée par l’esprit, il n’y a qu’accommodation et consentement. En ce sens, aucune dialectique de l’esprit n’est possible, aucune philosophie morale n’est envisageable. Le mépris de l’intériorité au profit de la subjectivité des « psychologues », le lissage des opinions, le relativisme fondamental de notre temps qui réhabilite parfois les valeurs pour qu’elles se valent toutes, n’ouvrent sur aucun spiritualisme possible. 

 

            Il n’y a que deux philosophies écrivait Lavelle : celle de Protagoras et celle de Platon. A la lumière de ce que nous venons d’écrire, inutile de nommer celle qui domine et celle que nous préférons.

02 août 2009

Levée

à Lulu,

Levée de la Loire où

      les cœurs s’élancent au soleil,

Comme les mains puis les yeux vont ensemble.

 

Nous sommes cela : le simple, l’uni, l’heureux

va toujours,

                cheminant,

                         vers Dieu.

 

 

31 juillet 2009

Jean-Luc Marion et la question de l'amour

Jean-Luc Marion est sans doute le philosophe français le plus important de notre temps. Spécialiste de Descartes en son versant métaphysique, il est aussi phénoménologue et théologien. Accusé par Dominique Janicaud d’avoir effectué avec Michel Henry et Jean-Louis Chrétien le tournant théologique de la phénoménologie française, l’académicien persiste, reconnaissant que la théologie est essentielle pour envisager toute l’équivocité des problèmes philosophiques. Le grand concept de la pensée de M. Marion est celui de donation :

 

« [] de quelque manière et par quelque moyen que quelque chose puisse de rapporter à nous, absolument rien n’est, n’advient, ne nous apparaît ou ne nous affecte, qui ne s’accomplisse d’abord, toujours et obligatoirement sur le mode de la donation »[1]

 

L’analyse de ce concept a même pu apparaître à des spécialistes avertis, comme la preuve d’une rechute de la phénoménologie dans la métaphysique : le  crédit important apporté par M. Marion à la donation en tant que « tout donné manifeste la donation, parce que le processus de son événement la déplie »[2], a pu faire penser que de l’inapparent se dissimulait dans l’apparent. La donation deviendrait une sorte de principe immanent, appauvrissant ainsi l’importance de la corrélation entre la conscience et le phénomène, énoncée par Husserl. En voulant réévaluer à la hausse le phénomène, la pensée de M. Marion est accusée d’être une philosophie première, une pensée de la présence de la donation.

 

Dans un beau livre, Le phénomène érotique, M. Marion met l’amour à l’épreuve de la donation. Comme Heidegger en son temps parlait d’un oubli de l’être, M. Marion parle d’oubli de l’amour. Pourtant la philosophie est originellement amour : celui de la sagesse. Le philosophe montre que l’absence d’une saisie de l’eros en son concept vient de ce que la philosophie refuse cette origine amoureuse. Où en sommes-nous alors ? A la périphérie du concept, où la notion d’amour participe trop souvent du bavardage :

 

« Déclarer « je t’aime » sonne, dans le meilleur des cas, comme une obscénité ou une dérision, au point que dans la bonne société, celle des instruits, on n’ose sérieusement proférer un tel non-sens »[3]

 

            De même, l’expression « faire l’amour » s’emploie quantitativement et, pourrait-on dire, commercialement. Mais ne nous y trompons pas : nous n’assistons en aucun cas à un conservatisme frustré. En vérité, il s’agit pour M. Marion d’en finir une fois pour toute avec la grande parade de l’amour pas cher et sans encombre, pour « saisir l’amour en son concept »[4].  Il y a plus : l’entreprise du philosophe ne sera pas celle de Guitton[5] et de la métaphysique traditionnelle qui subordonne l’amour à l’être :

 

« Univoque l’amour ne se dit qu’en un sens unique »[6]

 

L’entreprise est immense : il faudra rationaliser[7] l’amour. Cependant, il ne faut pas entendre « rationaliser » comme une opération qui s’ajouterait à l’amour au risque de nous en éloigner : un rationalisme de l’eros  doit être une possibilité d’appréhender l’amour de manière intelligible. Elever au rang de la raison sans emprisonner, sans modifier l’amour qui se donne. Pour se faire, il faudra laisser le phénomène érotique se révéler : seule la phénoménologie sera capable, selon M. Marion, de livrer l’amour libéré de l’être :

 

« Enfin un concept d’amour doit atteindre l’expérience des phénomènes érotiques à partir d’eux-mêmes, sans les inscrire d’emblée et de force dans un horizon qui leur reste étranger »[8]

 

            En acceptant de refuser la métaphysique parce qu’elle ne peut plus rien pour l’amour, on libère le champ de la donation érotique. Il s’agit alors pour M. Marion de montrer que l’amour a un nom, et que ce nom se dit toujours en première personne : j’aime, et ce que j’aime est corrélé au je aimant. L’amour annule la possibilité, pour moi, de m’éparpiller. Cela veut dire que lorsque j’aime, je suis dans une situation particulière et l’ego s’en trouve modifié. Dans quelle situation suis-je lorsque j’aime ? Qui suis-je moi qui aime ?

 

            En premier lieu, le philosophe rappelle l’importance du cogito comme aboutissement de la soif de certitude, majestueusement révélé par Descartes. Mais M. Marion montre que cette certitude ne nous distingue que très peu par rapport à la certification dont les objets bénéficient :

 

«  Je ne suis donc certain que comme le sont les objets : dans l’instant présent, au coup par coup, sans garantie de l’avenir »[9]

 

            En vérité, nous ne recevons de l’expérience du cogito qu’une certitude objective, et c’est ici que la métaphysique semble échouer : le mode d’être d’une objet certifié ne convient pas à l’ego. Le moi, pure ouverture, pure possibilité, est autre qu’un objet. Selon le philosophe, ce contentement de soi dans la certitude cesse très vite : lorsque le je pense donc je suis se heurte brutalement à la vanité, il faut inévitablement approfondir le problème. 

 

            En effet, l’important n’est pas d’être certain de soi, mais de s’assurer de son je. Je suis une chose qui pense, mais « à quoi bon » ? Tout homme, selon M. Marion, recherche une réponse positive à cette question angoissante. Pour affronter l’assaut terrible de la vanité, il faut alors que l’ego trouve l’assurance venant non pas de lui-même, mais d’ailleurs. A la question traditionnelle « qui suis-je ? » succède une interrogation plus profonde : « m’aime-t-on ? », et le philosophe radicalise encore la question en ajoutant « - d’ailleurs ». Si me certifier n’est pas suffisant pour déjouer la vanité, il faut donc aller chercher le réconfort en dehors de soi-même.

 

            Le grand postulat énoncé par le philosophe est que tout le monde veut qu’on l’aime, autant que possible. M. Marion va même plus loin, de manière fort discutable, en élevant la question « m’aime-t-on ? » au rang d’a priori de l’humain en soi. Selon le philosophe, aucun homme n’aurait échappé à cette question.  Lorsque je suis en régime de réduction érotique, au cœur de cette question « m’aime-t-on - d’ailleurs ? », je suis là où vient me chercher cette question ; l’ici et le se confondent : je ne suis qu’attente, et dans la perspective d’un possible ailleurs pour lequel je suis.

 

            Pourtant, une tentative de résolution du problème n’échappe pas au philosophe : je puis sans doute, finalement, trouver l’assurance que je cherche en moi-même. Avec ironie, M. Marion ne manque pas de rappeler que l’idée de s’aimer soi-même fait s’accorder ensemble sagesse philosophique et sagesse populaire. Et le philosophe fait référence, sans le citer explicitement, à Spinoza et au principe métaphysique de conatus.  En considérant que l’homme s’efforce de persévérer dans son être, nous croyons résoudre rapidement le problème. Or, la critique d’un tel principe semble facile : pour persévérer, encore faut-il le vouloir et s’aimer pour le vouloir. Il suffit juste de constater qu’il existe le suicide, la marque même de l’abandon de cette persévérance.  Il faut d’ailleurs rappeler que s’aimer soi-même pose problème : le moi se dédoublerait et finirait par rompre l’unité sur laquelle il repose. D’autre part, si je voulais m’aimer comme un autre pourrait m’aimer, il faudrait que je me précède. En tentant de m’aimer par moi-même, et cela de manière imparfaite voire contradictoire, j’ouvre sur l’abandon de la question « m’aime-t-on – d’ailleurs ? » :

 

« Il apparaît que la voie la plus directe consiste à m’assurer moi-même d’un tel ailleurs, en m’aimant moi-même par moi-même. Or, cette revendication, non seulement je ne puis l’accomplir, mais elle provoque la haine de moi par moi, puis la haine d’autrui d’abord pour moi, ensuite par moi. Ainsi tout amour qui commence comme un amour de chacun pour soi (impossible) aboutit, par la haine de soi (effective), à la haine d’autrui (nécessaire). »[10]

 

            Ainsi, seul autrui correspond à l’ailleurs recherché. En vainquant la possibilité d’aimer autrement que dans le cadre d’un échange honnête (tu m’aimes et je t’aime ensuite), je m’avance le premier à la possibilité d’être aimé mais aussi de perdre l’amour espéré :

 

« Les deux ego s’accomplissent bien comme amants et se laissent mutuellement apparaître leurs phénomènes respectifs, non pas certes comme une logique imaginaire ou fusionnelle – en échangeant ou partageant une intuition commune -, qui abolirait la distance entre eux, mais en s’assurant réciproquement d’une signification venue d’ailleurs »[11]

 

Voici la « grâce même de ce serment »[12]. Ce serment ouvre sur la conséquence attendue : l’érotisation de la chair, que M. Marion perçoit comme décevante en ce sens qu’elle est à la fois réception et abandon. La jouissance est furtive. Mais cette érotisation[13] doit participer d’un temps érotique, ou plutôt le soutenir. La fidélité en est la marque même :

 

« La fidélité n’a pas ici un statut étroitement éthique, facultatif et psychologique, mais une fonction strictement phénoménologique – permettre de temporaliser le phénomène érotique, en sorte de lui assurer une visibilité qui dure et s’impose »[14]

 

On pourrait alors se demander, à ce stade, où en est le serment précédemment énoncé. En effet, au-delà de l’érotisation, de la fidélité, notre phénomène érotique se doit d’être attesté : il faut qu’il soit toujours visible. Seul un tiers pourrait ainsi assurer ou « phénoménaliser notre phénomène érotique commun par son phénomène propre »[15]. Ce tiers, qui est l’enfant, est le point de hâte de toute cette épopée amoureuse que M. Marion n’a cessé de faire se déployer devant nous. Il ne serait pas exagéré de dire que ce traitement de la question de l’eros, dans son ensemble, se tient sur la ligne de faîte qui sépare le philosophique du poétique. Aussi beau que cela puisse paraître, l’enfant, un jour, s’émancipe et part. Que reste-t-il alors ? Le philosophe revient sur la distinction entre eros et agape, mais cette fois en osant émettre la possibilité de les fondre ensemble : il est question de Dieu. Voilà bien une manière habile d’énoncer cette belle idée :

 

« Dès lors, si l’amour ne se dit que comme il se donne – à sens unique – et si, d’ailleurs, Dieu se nomme du nom même de l’amour, faudra-t-il conclure que Dieu aime comme nous aimons, du même amour que nous, selon l’unique réduction érotique ? »[16]

 

M. Marion répond avec panache de manière positive, en un temps où sa pensée chrétienne, tant majestueuse qu’audacieuse, n’est pas la plus écoutée. En nous plaçant dans la voie de l’amour vrai, le philosophe nous engage surtout sur le chemin de la foi avec une force inouïe :

 

« Dieu nous précède et nous transcende, mais en ceci d’abord et surtout qu’il aime infiniment mieux que nous n’aimons et ne l’aimons. Dieu nous surpasse au titre de meilleur amant »[17]

 

Ainsi quand l’amour se donne, c’est Dieu, en son nom, qui se révèle.


[1] Jean-Luc Marion, Étant donné. Essai d’une phénoménologie de la donation, Paris, PUF, coll. «Épiméthée », 1997, p. 79. 

[2] Idid, p. 96.

[3] Jean-Luc Marion, Le phénomène érotique [noté PE], Paris, Grasset, coll. « Folio essais », 2003, p. 13.

[4] Ibid, p. 13

[5] Cf. Jean Guitton, Essai sur l’amour humain, Paris, Aubier, coll. « Philosophie de l’esprit », 1948.

[6] Ibid, p. 15

[7] « L’amour relève d’une rationalité érotique », PE, p. 16

[8] PE, p. 16

[9] Ibid, p. 31

[10] PE, p. 113.

[11] Ibid, p. 178.

[12] Ibid, p. 178.

[13] Ibid, p. 242.

[14] Ibid, p. 308.

[15] Ibid, p. 327.

[16] Ibid, p. 368

[17] Ibid, p. 369

27 juillet 2009

De la Bretagne

Nous ne savons pas si c’est de toute la Bretagne que vient ce grand souffle de richesse, de bonté et de beauté patrimoniale. Dans le golfe du Morbihan, l’île d’Arz présente une communion paisible entre la mer et la terre : les sentiers dépouillés offrent aux visiteurs un spectacle tant naturel que spirituel. Vers Quiberon, sur la côte, le mauvais temps est précieux : il en va du style même des lieux. Les bords rocheux armés contre de vagues anarchiques fascinent par leur vertu poétique. On a l’impression que les vents et les courants, là, se rencontrent.

Mais tous ces lieux ouvrent vers plus intrigant encore, comme les îles d’Houat et de Hoëdic, auxquelles le couple Pecquart donnèrent une histoire, grâce à de fameuses découvertes archéologiques.

Partout, la Bretagne semble bercée d’une sérénité immense. En remontant vers Concarneau, la mer se heurte aux remparts de la ville close, où les petites boutiques  attirent le promeneur avide de tous ces charmes. Puis enfin, Quimper, non loin de l’Atlantique, dresse sa belle cathédrale Saint Cornély. Autour d’elle, lors des fêtes de Cornouaille,  cornemuses et bombardes séduisent facilement.

Il s’agit donc bien d’une terre fascinante où l’on sent battre un grand cœur : la Bretagne se donne toute entière dans chacun de ses villages, sur chacune de ses plages et sur de nombreux visages. 

19 juillet 2009

Les viellistes, XII : Finesse de Jean-Claude Laporte

jean_claude20.jpg           La vielle, instrument en pleine mutation, connaît aujourd’hui de véritables génies : de Gilles Chabenat à Grégory Jolivet, de multiples instrumentistes ont su renouveler la pratique de l’instrument et imposer des styles particuliers. En sens contraire,  certains viellistes sont restés fidèles à un répertoire traditionnel maintenant centenaire, et s’efforcent de rendre avec la plus grande finesse les airs anciens hérités des maîtres puis de composer dans cet esprit. Jean-Claude Laporte (né en 1944), élève de Gaston Guillemain, est un des grands noms de la vielle traditionnelle. Son jeu, moyennement gras et surtout virtuose, offre un doigté très fleuri et dansant. Le détaché de Laporte, toujours enveloppé, s’apprécie sur les valses et autres airs à trois temps. Lors d’un Festivielle, chaque année au Châtelet-en-Berry, Laporte jouait Cerisier rose et pommier blanc, et nous livrait alors le répertoire musette auquel l’instrument s’est plié au milieu du XXème siècle. L’écrivain Nancy Huston définissait ainsi le musicien : « C'est bouleversant quand on y pense : à lui seul, Jean-Claude Laporte relie deux siècles de musique berrichonne ! En aval, c'est de Gaston Guillemain, né en 1877, qu'il a appris ses tout premiers morceaux et en amont, il en compose aujourd'hui pour ses petites-filles, qui vivront sans doute jusqu'à 2077 ! »

 

Nous écouterons P’tit Louis, composition de Jean-Claude Laporte extraite de Coup de 4, Passerelles (2007).