27 juillet 2009

De la Bretagne

Nous ne savons pas si c’est de toute la Bretagne que vient ce grand souffle de richesse, de bonté et de beauté patrimoniale. Dans le golfe du Morbihan, l’île d’Arz présente une communion paisible entre la mer et la terre : les sentiers dépouillés offrent aux visiteurs un spectacle tant naturel que spirituel. Vers Quiberon, sur la côte, le mauvais temps est précieux : il en va du style même des lieux. Les bords rocheux armés contre de vagues anarchiques fascinent par leur vertu poétique. On a l’impression que les vents et les courants, là, se rencontrent.

Mais tous ces lieux ouvrent vers plus intrigant encore, comme les îles d’Houat et de Hoëdic, auxquelles le couple Pecquart donnèrent une histoire, grâce à de fameuses découvertes archéologiques.

Partout, la Bretagne semble bercée d’une sérénité immense. En remontant vers Concarneau, la mer se heurte aux remparts de la ville close, où les petites boutiques  attirent le promeneur avide de tous ces charmes. Puis enfin, Quimper, non loin de l’Atlantique, dresse sa belle cathédrale Saint Cornély. Autour d’elle, lors des fêtes de Cornouaille,  cornemuses et bombardes séduisent facilement.

Il s’agit donc bien d’une terre fascinante où l’on sent battre un grand cœur : la Bretagne se donne toute entière dans chacun de ses villages, sur chacune de ses plages et sur de nombreux visages. 

27 décembre 2008

Art et Esprit. Sur Armand Guillaumin et Paul Madeline.

Au début du mois de mai 2007, nous avions publié cet article sur notre ancien blog. Aujourd’hui, nous le donnons de nouveau à la lecture.

 

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Armand Guillaumin, Le ravin de la folie, 1894.

    La venue d'un innocent à la peinture n'est pas simplement réductible à une pure rencontre sensitive. Car de quelle nature serait cette rencontre ? Nous découvririons une toile d'un pur voir, et aucune émotion esthétique ne serait possible. Si, à travers une oeuvre, nous retrouvions la donnée pauvre, habillée de sa quotidienneté, l'effort artistique n'aurait pas lieu d'être. L'imitation n'est pas l'art.

Cette définition [de l'art comme imitation de la nature] ne contient d'abord qu'une fin visée purement formelle, à savoir que l'homme referait une deuxième fois, dans la mesure de ses moyens, un fac-similé de tout ce qui existe déjà dans le monde extérieur et sans y apporter la moindre modification. Or, une telle répétition peut d'emblée être considérée comme superflue, puisque tout ce que des tableaux, des spectacles de théâtre, etc., peuvent exposer par imitation [...] se trouve déjà dans nos jardins, sous notre propre toit ou bien dans des cas qui nous sont connus par notre entourage plus ou moins proche. (Hegel, Esthétique, I, Aubier, 1995, p. 60)        

Très synthétiquement, Hegel nous oriente vers une vision créatrice de l'art. Dans l'émotion que je ressens ici, devant cette peinture de Guillaumin, il y a de la pudeur et, plus encore, de l'étrangeté. Car le paysagisme de Guillaumin échappe-t-il à la critique hégélienne ? Oui, puisqu'il est peu probable que nous trouvions un paysage de Creuse identique à la création que l'on en a ici. Nous ne trouvons pas la vallée de la Creuse donnée mais inventée. Le tableau suscite la pudeur, puisqu'en le dévoilant du regard, je viole l'intimité du peintre et, pour ainsi dire, je vole son regard. Car la communion que j'ai avec le paysage peint, témoigne d'une relation : non pas celle entre l'esprit et la donnée, mais de l'esprit à l'esprit. 

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Paul Madeline, Le pont Charaud sur la Sédelle, Crozant, 1918.

 Manifestement, sous le pinceau de l'artiste, la réalité bornée n'accroche pas. Le pinceau ne perd pas ses poils mais toutes les approximations de l'esprit qui, en touches successives, viennent prendre forme sur la toile. Lorsque nous longeons la Sédelle, celle-ci est toujours plus brillante ou plus sombre que sur la toile. Le peintre peint sa spiritualisation du monde : davantage de vert ; la fraîcheur du vert, caressé par une eau argentée. Ainsi, si les artistes sont, comme l'écrit Bergson, "moins adhérents à la vie" (in La pensée et le mouvant), ils ne sont pas, contrairement à ce qu'il affirme, détachés de cette vie, c'est-à-dire de la correspondance entre esprit et réalité. Sauf que l'intervalle qui les sépare est plus grand : si cet intervalle proprement artistique permet au peintre d'exécuter sa toile, il est un homme plus que jamais relié à la réalité. Car, cette réalité, il l'approfondit par l'esprit, il recherche la juste correspondance entre l'opération et les choses : sa correspondance, c'est-à-dire sa production. En vérité, l'artiste habite à l'extrême et le plus profondément possible, la vie de l'esprit. Car bien qu'il faille nous garder de tout idéalisme, on ne pourra pas faire que la réalité ne passe pas d'abord par le regard et que, puisqu'elle passe par lui (c'est-à-dire davantage que l'oeil), on ne pourra pas faire qu'elle soit la même pour tous. Ce que nous donnons au monde, et ce que Guillaumin ou Madeline lui donnent encore plus vivement, c'est une signification : connaître ou peindre n'est rien d'autre, à des degrés différents, que de passer du négatif à la photographie.