20 septembre 2009

Sur la passion amoureuse

             D’ordinaire nous renvoyons le mot passion à son étymologie : la souffrance, la passivité, la soumission en sont les déterminations les plus explicites. Liée à l’amour, la passion se teinte alors d’une acception péjorative : on pensera à Kant, écrivant que la passion se sert de la raison comme d’un instrument afin d’arriver à ses fins.

            Pourtant si l’on prend le temps de considérer la passion amoureuse, il n’est pas difficile de voir qu’elle renferme en elle de l’activité. Elle est, si l’on veut, le moteur d’une intense vie intérieure. En cela, parce qu’elle nous tourmente et qu’elle ébranle l’ordre de la raison, le jugement qu’elle convoque est en-deçà de toutes catégories. En régime de passion amoureuse, la spontanéité, liée à l’obsession de l’autre, est à son comble.

            On peut dire que la passion est créatrice, dans la mesure où elle dévoile de multiples possibilités, aussi radicales, intenses et extrêmes que saugrenues. Dans un long métrage récent de M. Cédric Kahn[1], le récit de cette vie intérieure est déroulé. On s’aperçoit que la relation des amants, comprenant leurs recherches mutuelles (corporelle, spirituelle) est rendue possible par des longueurs. Et ces longueurs sont essentielles, merveilleusement déployées par le réalisateur : elles traduisent le ronronnement continuel de l’évaluation, de l’obsession, de la tentative prête à se métamorphoser en action aboutie. S’il faut retenir de la passion qu’elle est destructrice, il ne faut pas oublier son versant positif : l’acuité qu’elle provoque rend vivant.



[1] Les Regrets de Cédric Kahn.

Commentaires

Après l'avoir vu, je me suis demandée, si finalement la passion n'était pas autotélique... (ne cherche-t-on pas la passion plus que l'autre lorsqu'on aime passionnément?)

Ecrit par : Ego | 20 septembre 2009

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