29 décembre 2008
Solitude
Il n’y a plus de neige
Sur le cœur
Plus de Gloire en rayons
Dans les yeux.
Il n’y a plus d’eau
Sur les lèvres
Plus de feu en vagues
Dans la poitrine.
Et la force, et le vent,
Et l’amour, et le temps
Sont partis.
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27 décembre 2008
Art et Esprit. Sur Armand Guillaumin et Paul Madeline.
Au début du mois de mai 2007, nous avions publié cet article sur notre ancien blog. Aujourd’hui, nous le donnons de nouveau à la lecture.

Armand Guillaumin, Le ravin de la folie, 1894.
La venue d'un innocent à la peinture n'est pas simplement réductible à une pure rencontre sensitive. Car de quelle nature serait cette rencontre ? Nous découvririons une toile d'un pur voir, et aucune émotion esthétique ne serait possible. Si, à travers une oeuvre, nous retrouvions la donnée pauvre, habillée de sa quotidienneté, l'effort artistique n'aurait pas lieu d'être. L'imitation n'est pas l'art.
Cette définition [de l'art comme imitation de la nature] ne contient d'abord qu'une fin visée purement formelle, à savoir que l'homme referait une deuxième fois, dans la mesure de ses moyens, un fac-similé de tout ce qui existe déjà dans le monde extérieur et sans y apporter la moindre modification. Or, une telle répétition peut d'emblée être considérée comme superflue, puisque tout ce que des tableaux, des spectacles de théâtre, etc., peuvent exposer par imitation [...] se trouve déjà dans nos jardins, sous notre propre toit ou bien dans des cas qui nous sont connus par notre entourage plus ou moins proche. (Hegel, Esthétique, I, Aubier, 1995, p. 60)
Très synthétiquement, Hegel nous oriente vers une vision créatrice de l'art. Dans l'émotion que je ressens ici, devant cette peinture de Guillaumin, il y a de la pudeur et, plus encore, de l'étrangeté. Car le paysagisme de Guillaumin échappe-t-il à la critique hégélienne ? Oui, puisqu'il est peu probable que nous trouvions un paysage de Creuse identique à la création que l'on en a ici. Nous ne trouvons pas la vallée de la Creuse donnée mais inventée. Le tableau suscite la pudeur, puisqu'en le dévoilant du regard, je viole l'intimité du peintre et, pour ainsi dire, je vole son regard. Car la communion que j'ai avec le paysage peint, témoigne d'une relation : non pas celle entre l'esprit et la donnée, mais de l'esprit à l'esprit.

Paul Madeline, Le pont Charaud sur la Sédelle, Crozant, 1918.
Manifestement, sous le pinceau de l'artiste, la réalité bornée n'accroche pas. Le pinceau ne perd pas ses poils mais toutes les approximations de l'esprit qui, en touches successives, viennent prendre forme sur la toile. Lorsque nous longeons la Sédelle, celle-ci est toujours plus brillante ou plus sombre que sur la toile. Le peintre peint sa spiritualisation du monde : davantage de vert ; la fraîcheur du vert, caressé par une eau argentée. Ainsi, si les artistes sont, comme l'écrit Bergson, "moins adhérents à la vie" (in La pensée et le mouvant), ils ne sont pas, contrairement à ce qu'il affirme, détachés de cette vie, c'est-à-dire de la correspondance entre esprit et réalité. Sauf que l'intervalle qui les sépare est plus grand : si cet intervalle proprement artistique permet au peintre d'exécuter sa toile, il est un homme plus que jamais relié à la réalité. Car, cette réalité, il l'approfondit par l'esprit, il recherche la juste correspondance entre l'opération et les choses : sa correspondance, c'est-à-dire sa production. En vérité, l'artiste habite à l'extrême et le plus profondément possible, la vie de l'esprit. Car bien qu'il faille nous garder de tout idéalisme, on ne pourra pas faire que la réalité ne passe pas d'abord par le regard et que, puisqu'elle passe par lui (c'est-à-dire davantage que l'oeil), on ne pourra pas faire qu'elle soit la même pour tous. Ce que nous donnons au monde, et ce que Guillaumin ou Madeline lui donnent encore plus vivement, c'est une signification : connaître ou peindre n'est rien d'autre, à des degrés différents, que de passer du négatif à la photographie.
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16 décembre 2008
Nature du poème
Les poèmes sont semblables à des « cristaux déposés après l’effervescent contact de l’esprit avec la réalité ». C’est cette belle expression de Reverdy qui, selon nous, donne à la poésie toute sa signification. La métaphore fait du poème un résidu, un reste, l’effet d’un acte : la réification d’une pensée, d’une correspondance inouïe. Ainsi, nous comprenons que le plus improbable n’est pas « l’effervescent contact de l’esprit avec la réalité » mais le résultat hasardeux de cette rencontre : le poème échappe au poète, s’invente et se déploie.
Face à cette destinée du poème, il ne s’agit pas maintenant pour l’auteur de composer des vers, mais de lancer l’idée, de dire l’essentiel en un geste ample et simple, comme une esquisse.
Voici le point du jour
Voici la tête grise
Le masque de la nuit tombe dans les étangs
Et la figure rit
Le soleil dans les cimes
- sous les coups du sort
Les vagues ruines
La mer délabrée
Et le tour qui lime
Détend les ressorts[1]
Dépouillé, ne donnant à lire que le lien admirable qu’il existe entre ce monde et l’esprit, le poème n’est plus qu’une forme vivante et autonome, tissée d’images innombrables, comme autant de résonnances et d’échos produits par le fiat du poète.
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10 décembre 2008
Printemps

Un très beau poème de Sabine Sicaud, et d’une sensibilité inouïe.
(in Douleur, je vous déteste [posthume, 1958])
Et puis, c'est oublié.
Ai-je pensé, vraiment, ces choses-là ?
Bon soleil, te voilà
Sur les bourgeons poisseux qui vont se déplier.
Le miracle est partout.
Le miracle est en moi qui ne me souviens plus.
Il fait clair, il fait gai sur les bourgeons velus ;
Il fait beau - voilà tout.
Je m'étire, j'étends mes bras au bon soleil
Pour qu'il les dore comme avant, qu'ils soient pareils
Aux premiers abricots dans les feuilles de juin.
L'herbe ondule au fil du chemin
Sous le galop du vent qui rit.
Les pâquerettes ont fleuri.
Je viens, je viens ! Mes pieds dansent tout seuls
Comme les pieds du vent rieur,
Comme ceux des moineaux sur les doigts du tilleul.
(Tant de gris au-dehors, de gris intérieur,
De pluie et de brouillard, était-ce donc hier ?)
Ne me rappelez rien. Le ciel est si léger !
Vous ne saurez jamais tout le bonheur que j'ai
A sentir la fraîcheur légère de cet air.
Un rameau vert aux dents comme le " Passeur d'eau " ,
J'ai sans doute ramé bien des nuits, biens des jours...
Ne me rappelez rien. C'est oublié. Je cours
Sur le rivage neuf où pointent les roseaux.
Rameau vert du Passeur ou branche qu'apporta
La colombe de l'Arche, ah ! la verte saveur
Du buisson que tondra la chèvre aux yeux rêveurs !
Etre chèvre sans corde, éblouie à ce tas
De bourgeons lumineux qui mettent un halo
Sur la campagne verte - aller droit devant soi
Dans le bruit de grelots
Du ruisseau vagabond - suivre n'importe quoi,
Sauter absurdement, pour sauter - rire au vent
Pour l'unique raison de rire... Comme Avant !
C'est l'oubli, je vous dis, l'oubli miraculeux.
Votre visage même à qui j'en ai voulu
De trop guetter le mien, je ne m'en souviens plus,
C'est un autre visage - et mes deux chats frileux,
Mon grand Dikette - chien sont d'autres compagnons
Faits pour gens bien portant, nouveaux, ressuscités.
Bon soleil, bon soleil, voici que nous baignons
Dans cette clarté chaude où va blondir l'été.
Hier n'existe plus. Qui donc parlait d'hier ?
Il fait doux, il fait gai sur les bourgeons ouverts...
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09 décembre 2008
Laudes
Sur le froid
des pierres.
Au matin,
Les songes
Se dissipent.
La lumière
les chasse.
Cent visages
Baignés de rayons
Se lèvent.
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