31 octobre 2008
Les viellistes, XI : Frédéric Paris et son premier amour
C’est parler d’un monde entier que d’évoquer la figure incontournable de Frédéric Paris, tour à tour vielliste, cornemuseux, accordéoniste et clarinettiste d’un grand talent. Devenu un modèle malgré lui, véritable musicien traditionnel car multi-instrumentiste, il verra se construire la musique de Patrick Bouffard, de Gilles Chabenat et de bien d’autres. Sobre, ne se montrant jamais, c’est dans l’ombre que travaille Paris, auteur d’une multitude d’airs devenus désormais des classiques. Aujourd’hui, c’est davantage à la clarinette (De l’eau et des amandes, 1995 ; Live en Flandre, 2007 [avec Gilles Chabenat]) ou à l’accordéon diatonique (Rue de l’oiseau, 1987) que nous retrouvons le musicien, dont la virtuosité est incontestable. Formé très jeune à la vielle par Gaston Rivière et André Dubois, Paris travaille son instrument en écoutant de vieux enregistrements de Gaston Guillemain. Il forme avec Bernard Blanc (vielle) et son frère Jean-Claude Blanc (cornemuse) le trio des Vielleux du Bourbonnais, qui mènera en 1979, à l’enregistrement d’un bel album. Le style de Frédéric Paris dont le détaché est propre et le clavier très frais, laisse apparaître un jeu étonnant, très dynamique et rythmé, hérité de ses maîtres.
On écoutera Frédéric Paris jouant Pourquoi Pas ?, une valse de Gaston Guillemain (in Vielleux du Bourbonnais, 1979.)
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26 octobre 2008
Sur le lyrisme de Gisèle Barbotin, I

Dans l’œuvre courte de cette poétesse, l’émerveillement tient ensemble amour humain et amour de la nature, qui convergent vers ce que Gisèle Barbotin (1900-1958) admet avec force : l’Amour de Dieu. Cette poésie est résolument religieuse, humainement religieuse :
Tout m’exalte, tout m’ensorcelle
Ou m’accable, ou me fait mourir ;
J’ai des ailes pour le plaisir,
Des larmes pour le souvenir,
Des baisers quand l’amour m’appelle.
Mon Dieu, je crois que je blasphème,
Mais pourquoi m’avoir faite ainsi,
L’âme tremblante de souci,
Et le corps frémissant aussi
Comme brûlé d’ardeur extrême.[1]
Ses élans, Barbotin les confesse avant même de s’y adonner sur la page. Car son premier recueil, Toute vie a son charme, publié en 1933, comporte dans ses dernières pages cet aveu :
J’ai péché, j’ai souffert, j’ai traîné mon envie
A travers les désirs immodérés et vains.
L’amour me semblait tout, l’argent tentait mes mains ;
J’oubliais en vivant que Toi seul es la Vie.[2]
C’est dans ce poème, « Recueillement », que Barbotin annonce La douleur dans l’Amour, qu’elle publiera l’année suivante. Elle y évoque les baisers, l’ivresse et la tristesse. Comme Noailles et Vivien en leur temps, la poétesse se dévoile :
De ton corps, de ta chaude lèvre,
De tes doigts, de tes bras nerveux,
De ta jeune voix qui m’enfièvre,
Et du sombre éclat de tes yeux.[3]
Pourtant, il n’y aucune mièvrerie dans cette écriture mais un souhait toujours renouvelé de ne jamais être seule. Barbotin a besoin de Dieu pour être forte et lumineuse : d’une confiance infaillible, la poétesse s’avance devant le mort, nue et sans peur :
Mort, tu peux me broyer dans tes bras de squelette,
Je ne sentirai pas l’horrible craquement.
Je n’ai plus que mon âme, immortelle et muette,
Car l’Amour a rongé mon cœur, et bu mon sang.[4]
…
[1] « Capricieuse » in Toute vie a son charme, seconde partie, p. 92 (1933)
[2] « Recueillement », ibid, p. 94
[3] « Pour toi » in La douleur dans l’Amour, p. 14 (1934)
[4] « La mort », ibid., p. 81.
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07 octobre 2008
Kyrie

Il n’y a
Ni foules ni cris.
Le regard, fébrile,
Doucement s’élève.
Kyrie eleison
Solitude
Belle et suave,
Aux frissons chauds,
Qui sans cesse ravive.
Kyrie eleison
Il faut à l’esprit
Son jardin, fait d’espace
Et d’attente.
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