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22 juin 2008
Confiance
En eaux ternes de la ville,
Suivant le chemin des pas
On veut se changer
Par désespoir.
Plus bas
Plus loin que les pas,
Avoir l’allure
Et le fond
D’un retiré.
Mais refuser
Quand l’Or est donné
Et la main élevée,
C’est défaire
Et mourir aussi.
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18 juin 2008
El nombre conseguido de los nombres
Si yo, por ti, he creado un mundo para ti,
dios, tú tenías seguro que venir a él,
y tú has venido a él, a mí seguro,
porque mi mundo todo era mi esperanza.
Yo he acumulado mi esperanza
en lengua, en nombre hablado, en nombre escrito;
a todo yo le había puesto nombre
y tú has tomado el puesto
de toda esta nombradía.
Ahora puedo yo detener ya mi movimiento,
como la llama se detiene en ascua roja
con resplandor de aire inflamado azul,
en el ascua de mi perpetuo estar y ser;
ahora yo soy ya mi mar paralizado,
el mar que yo decía, mas no duro,
paralizado en olas de conciencia en luz
y vivas hacia arriba todas, hacia arriba.
Todos los nombres que yo puse
al universo que por ti me recreaba yo,
se me están convirtiendo en uno y en un
dios.
El dios que es siempre al fin,
el dios creado y recreado y recreado
por gracia y sin esfuerzo.
El Dios. El nombre conseguido de los nombres.
Juan Ramon Jimenez, Dios deseado y deseante (1949)
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16 juin 2008
Saisir l'esprit
Faut-il en finir, comme le voulait Sartre, avec l'intériorité ? Ce dernier pourtant, maudissant la conscience pleine de Bergson et des spiritualistes, voulait un esprit qui se réduisit à un "grand vent"... Mais la volta sartrienne ne tient pas. Sur ses vieux jours, le philosophe déclare : "Quelqu'un qui m'a beaucoup influencé, mais pas directement, ça ne se voit pas, c'était Proust." D'ailleurs, allons voir du côté de L'enfance d'un chef ! Mais laissons parler les indépassables, Bergson, comme Proust...
Proust, Du côté de chez Swann, I, "Combray".
"Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l'entendais monter, puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi un moment douloureux. Il annonçait celui qui allait le suivre, où elle m'aurait quitté, où elle serait redescendue. De sorte que ce bonsoir que j'aimais tant, j'en arrivais à souhaiter qu'il vînt le plus tard possible, à ce que se prolongeât le temps de répit où maman n'était pas encore venue. Quelquefois quand, après m'avoir embrassé, elle ouvrait ma porte pour partir, je voulais la rappeler, lui dire "Embrasse-moi une fois encore", mais je savais qu'aussitôt elle aurait son visage fâché, car la concession qu'elle faisait à ma tristesse et à mon agitation en montant m'embrasser, en m'apportant ce baiser de paix, agaçait mon père qui trouvait ces rites absurdes, et elle eût voulu tâcher de m'en faire perdre le besoin, l'habitude, bien loin de me laisser prendre celle de lui demander, quand elle était déjà sur le pas de la porte, un baiser de plus. Or la voir fâchée détruisait tout le calme qu'elle m'avait apporté un instant avant, quand elle avait penché sur mon lit sa figure aimante, et me l'avait tendue comme une hostie pour une communion de paix où mes lèvres puiseraient sa présence réelle et le pouvoir de m'endormir. Mais ces soirs-là, où maman en somme restait si peu de temps dans ma chambre, étaient doux encore en comparaison de ceux où il y avait du monde à dîner et où, à cause de cela, elle ne montait pas me dire bonsoir."
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03 juin 2008
Participation
Libre et lente
Venue, au long du clocher,
Vers la rainure du Ciel,
De la joue contre
Le souffle.
Comme languit une biche
Après les eaux vives,
Ainsi languit mon âme
Vers toi, mon Dieu.
Entre mes doigts l’eau
Chaude, épaisse,
Divise en elle, doucement,
L’effort des mains
Qui se joignent.
Vois :
Je dors, mais
Mon cœur veille.
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