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28 avril 2008
L'esprit et l'odeur
En 1921, Lavelle présentait sa thèse principale de doctorat La dialectique du monde sensible, devant Brunschvicg et Robin, peu propices à une telle philosophie intuitive. Dans le chapitre VI intitulé « Déduction de la qualité », le philosophe développait par l’analyse des odeurs, la participation étroite de la nature à la révélation du moi. Voici le paragraphe 366, savoureux passage sur les parfums :

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25 avril 2008
Antilyrique
Pas de langueurs,
Pas d’historique,
Loin du moi
Démesuré.
Mot qui tranche
Net. Une image
Mobile et claire.
En Idée.
Poésie : entrelacs
De l’acte
Du donné
Père du style
De l’esquisse.
Pas la page,
Pas le son,
Le moi seul
Sans le voir.
Synesthésie
Par le Je.
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22 avril 2008
Les viellistes, VIII : Nigel Eaton, hurdy-gurdy player.
Evoquer la musique de Nigel Eaton, le grand vielliste britannique, c’est s’aventurer en terre nouvelle. Cela pour plusieurs raisons : l’éclectisme de cet auteur mais aussi sa grâce, sa finesse, dont témoigne une musique novatrice ne cédant jamais aux mélanges brutaux des genres. Il s’agit d’un éclectisme éclairé, au service entier de la vielle. Fils d’un père devenu luthier en 1981, Nigel Eaton est pianiste et violoncelliste de formation. En 1985, il décide de se consacrer à la vielle : quelle chance pour l’instrument ! Du souffle mystique de Loreena McKennitt à Jimmy Page, en passant par les traditionnels de Blowzabella, qu’il aura tous accompagné, le vielliste a confronté la vielle à de nombreux styles musicaux tout en développant son propre jeu : contrairement à Chabenat ou Clastrier, Nigel Eaton n’entre pas dans la radicalité de l’électroacoustique, mais conserve ensemble héritage ancien et nouveaux procédés techniques. Les albums The Duellists (1997) et Pandemonium (2002), consacrent le parcours savoureux et varié de ce virtuose. Sa musique, acceptant volontiers des sons électroniques, reste soucieuse de préserver la finesse du jeu. Le détaché d’Eaton, extrêmement précis sert un style ample et presque précieux. Ce vielliste passionné et passionnant nous entraîne vers des horizons où nous aimons le suivre.
Nous écouterons Great Escape, extrait de Pandemonium :
Un morceau plus acoustique, The Duellists :

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L'humilité
L’humilité est un concept moral intéressant : il est difficile à circonscrire puisqu'il se mêle à d’autres vertus ressemblantes. Comme tout acte de l’esprit, l’humilité est une qualité toujours en constitution d’elle-même. La rareté de la philosophie morale a contribué à laisser le problème de l’humble homme de coté. Nous présentons sur ce sujet un extrait de l’article Eloge de l’humilité de Jean-Louis Chrétien publié dans La Croix en avril 2002. La définition du philosophe vient en quelque sorte compléter celle donnée par Lavelle, dès 1939, dans l’Erreur de Narcisse. Le métaphysicien écrivait que « l’humilité n’est jamais le mépris de soi qui nous avilit », conséquence possible d’une définition faussée. Lavelle ajoutait avec souplesse que « l’humilité est une aptitude à se laisser enseigner. Elle noue entre les hommes les liens les plus étroits : car je puis repousser ce qu’un autre m’impose, et même ce qu’il me donne ; mais je m’attache à lui par ce que j’ai l’humilité de lui demander, ou même de lui prendre. » (VIII, 8). Chrétien approfondit le travail de Lavelle d’un point de vue plus psychologique, en définissant l’humilité comme mesure de soi, hors de toute comparaison avec autrui.
"L'humilité tout d'abord semblait cousine de ces vertus d'effacement et de mesure qui nous épargnent d'imposer aux autres, qu'ils en veuillent ou non, notre présence, notre regard, notre conviction, notre jugement, et d'envahir leur espace comme par droit de conquête : la modestie, la retenue, la réserve, la pudeur, la décence, la discrétion. Cependant, si précieuses soient-elles, celles-ci mettent en jeu des limites qu'il s'agit de ne pas franchir, des distances qu'il s'agit de ne pas abolir pour qu'autrui soit et respire, reste libre et mobile. Ce sont vertus de belle socialité, et leur objet, d'abord négatif, est d'empêcher tout débordement où la mise en avant de notre être ferait de l'autre, même au nom de son prétendu bien, notre chose ou notre jouet. L'humilité, quant à elle, commence à l'intérieur, dans le secret et dans la nuit, où elle ne cesse de mûrir comme la grappe d'une aurore qui sera. Elle ne nous demande rien d'autre, dit saint Augustin, que de nous connaître en vérité : ni plus, ni moins. Se connaître n'est pas se comparer : que m'apprend de me trouver pire ou meilleur qu'un autre que je connais moins encore que moi ? Et en quoi se déprécier serait-il plus pur que se vanter ? Ce ne sont que les marées hautes et basses du narcissisme […] Cette descente dans l'abîme que nous sommes veut une lumière, celle de Dieu, plus forte que notre conscience, et un but, celui d'œuvrer enfin, plus riche que nos jugements, bons ou mauvais, sur nous."
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15 avril 2008
Raison et bêtise
Cours de philosophie donné à Châteauroux, le 4 avril 2008.
Raison ou bon sens : une complète adhésion ?
Bonjour à tous, j’aimerai aujourd’hui vous entretenir d’un sujet bien actuel, mais que l’on considère peu : la bêtise. Mais une étude de la bêtise, concept étonnant en philosophie, ne va pas sans un examen de la raison. Nous le verrons. Vous connaissez sans doute les premiers mots du Discours de la méthode de Descartes : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée […] ». Le problème est que, comme le rappelle le philosophe Michel Adam dans son Essai sur la bêtise, l’exercice de l’esprit ne connaît ni mesure ni limite, ce qui le dote de possibilités qui peuvent largement le porter au-delà de lui-même. La difficulté reste de le montrer en philosophe, car la raison autant que la bêtise sont difficilement quantifiables : difficile de délimiter objectivement les degrés de bêtise ou d’intelligence. Tout cela reste de l’ordre de la statistique. Nous savons tous qu’il est possible de mesurer le quotient intellectuel, mais qu’est-ce en vérité ? Une somme de statistiques. Et les chiffres sont peu fiables, comme chacun sait. C’est d’un point de vue plutôt qualitatif qu’il faut étudier la bêtise, en analysant les ressorts même de la vie de l’esprit.
Comment analyser la bêtise ?
Pour le philosophe, il s’agit de montrer que l’analyse de la bêtise humaine (car il n’y a bêtise qu’à partir du moment où il y a pensée) se mêle à une étude des actions humaines : je ne puis être bête qu’en tant que j’agis. En effet, la bêtise est une manifestation effective d’une insuffisance. Voilà ce que nous dit Adam :
« L’esprit doit s’imposer une maîtrise par laquelle il trouvera comment estimer, à la lumière de la raison naturelle, les cheminements de sa réflexion et les principes de ses actions. Ce n’est que par cette lumière que l’esprit s’impose à lui-même que peut être évité tout obscurcissement de l’esprit. »[1]
Qu’est-ce que c’est que cette lumière ? La raison. Non pas comme faculté de calculer (au sens médiéval) mais de juger, c’est-à-dire qui guide l’esprit dans son investigation réfléchie et ordonnée de tout ce qu’il cherche à connaître. En ce sens, la raison est le pouvoir de bien juger et s’oppose ainsi (nous disons cela en bon classique) à la folie ou bien à la passion incontrôlée.
Mais il semble que cette raison soit faillible, si je puis dire, et c’est ainsi qu’il y a risque de bêtise, c’est-à-dire :
« [...] lorsqu’il n’a pas de conscience suffisante de ses propres limites. »[2]
Adam nous rappelle ainsi que nous ne pouvons nous sortir de la bêtise que lorsque notre esprit est assez ouvert pour la dépasser, ce que le philosophe appelle tout simplement « amour de la Vérité » (nous noterons un large et implicite plaidoyer pour la philosophie). Plus l’esprit est ouvert sur le monde et sur lui-même, plus il est créateur, plus il se sent « insuffisant » à lui-même et moins il y a « risque » de bêtise. Les plus hautes sphères de l’intelligence, mesdames, messieurs, s’atteignent quand l’esprit n’est jamais satisfait de lui-même, et lorsqu’il n’est que dépassement ! Au contraire, la satisfaction, nous voulons dire l’autosatisfaction, l’unilinéarité, provoque un engourdissement de l’esprit, premier témoignage de la bêtise.
« Celui qui est satisfait de lui-même reste bien le parangon de la bêtise et décourage, dès le principe, tout véritable échange humain »[3]
Nous voyons quel type est peint : le borné, le suffisant. Persuadé de soi, nous plongeons dans l’impossibilité d’un échange humain. Cela veut dire que la bêtise, quand bien même elle serait communicative, est avant tout créatrice de solitude. Si, comme le rappelait Lavelle dans Tous les êtres séparés et unis :
« La solitude naît avec la réflexion et croît pour ainsi dire avec elle »[4]
Encore faut-il savoir avec quelle genre de réflexion elle naît, et si cette réflexion ne tourne pas à vide, comme dans le cas de la bêtise.
D’ailleurs, une problématique de la réflexion génératrice nous oriente vers le concept de dynamisme, c’est-à-dire conception vivante de notre esprit. Celui-ci n’est pas simplement une boite qui enregistre platement les indices extérieurs, auquel cas la bêtise ne serait pas possible. C’est pour cela d’ailleurs, selon Adam, que l’empirisme est incapable de penser correctement la bêtise :
« La bêtise est souvent dépendance passive envers ce qui est, conformisme qui procure une pensée par procuration. »[5]
Il ajoute :
« On le voit bien dans ce regard passif que certains ont devant tel spectacle. Il n’y a pas de vie intérieure qui permettrait de juger, d’évaluer ce que le réel propose. C’est ce réel qui a autorité ; il anéantit les pouvoirs de l’esprit en refusant toute initiative de réflexion. »[6]
Cela est absolument fatal : si l’esprit n’est plus en marche, alors il n’existe plus de jugement possible, et par conséquent plus de valeur, plus de goût ainsi que l’impossibilité de faire naître une quelconque culture. L’homme devient en fait ce que Sartre appelait « en-soi » ; je deviens une chose parmi les choses : il n’y a pas de moi, écrivait-il dans l’Etre et le néant, qui habite ma conscience. Si on voulait synthétiser le schème de la bêtise, on dirait volontiers que c’est une adéquation irréfléchie entre le langage et ce qui est.
Ainsi, si l’on fait une sociologie de la bêtise, on verra de même, que cette bêtise se développe lorsqu’il y a fonte de l’individu dans la masse ; cet acte le dispensant de toute réflexion sur lui-même. La bêtise c’est le suivisme, ce que Sartre, encore, appelle la sérialité. Que faut-il entendre dans « sérialité » ; le mot « série » bien sur. C’est-à-dire que la multitude, victime des objets, des phénomènes de masse, de la matière pauvre et humanisée, forme une série d’individus convergeant toujours vers le même but mais sans relation réflexive entre eux, ni avec les choses. La file d’attente à l’arrêt de bus, nous dit Sartre, est une série, c’est à dire, non pas un groupe d’hommes, mais une suite d’unités.
En ce sens, il y a absence de la raison effective. Mais la bêtise hante les failles de la raison, qu’il faut résorber par l’exercice continue de l’esprit. Si l’on cherche en effet une définition de la bêtise nous trouvons ceci : défaut d’intelligence ou de jugement. Cela correspond parfaitement à notre propos. Mais il y a pire, et Adam nous le rappelle : la bêtise atteint son apogée, quand une pseudo liberté de pensée la parachève, lorsque l’individu s’exclame : « je suis ainsi, car j’ai pour moi ma liberté de penser. » Je cite Adam :
« Une telle sottise sera augmentée par la prétention à la liberté de conduite et de pensée [...] Le suivisme élémentaire de cette société que l’on appelle de consommation ne peut donner qu’une illusion de liberté. » [7]
Les sources de la bêtise
Penchons nous davantage maintenant sur les sources secrètes de la bêtise. Ce qu’on peut dire d’abord, c’est que si la bêtise existe toujours comme contraire à la raison, elle est surtout en rapport avec le coeur de la raison, qui est le discernement. On sait que Descartes dans les Règles pour la direction de l’esprit comme dans les Méditations métaphysiques demande à ce que l’esprit ne laisse rien aux mains du doute, et qu’il ne faut considérer pour vrai que ce qui est clair et distinct, c’est-à-dire présent et manifeste à un esprit attentif et que l’on ne peut confondre avec rien d’autre. Descartes semble alors nous donner une méthode pour éviter de nous égarer. Or, Adam ajoute une remarque qui fait toute la différence et nuance ainsi tout notre propos : de la même manière que tout ce qui est clair n’est pas forcément vrai, tout ce qui est en ordre, clair et distinct, c’est pas obligatoirement intelligent. Il s’agit non seulement de méthode et de bon sens, mais surtout de perspicacité, de clairvoyance, de sagacité : c’est d’abord cela qui fait l’intelligence. Combien sont méthodiques mais bêtes ? On peut être très scolaire et imbécile. Sans esprit assez vivace pour éclairer la méthode, nous tombons dans la bêtise voire l’erreur :
« Le manque de discernement est ainsi une faiblesse de l’esprit : qu’on se rappelle qu’imbecillus en latin veut dire faible. Le discernement exige la maîtrise de soi ; la pensée et le dynamisme propre à l’action se trouvent ainsi associés. »[8]
Ainsi nous voyons que la raison doit être un concept justifié : si elle se caractérise comme étant une faculté de juger, elle s’accompagne d’un certain talent (qui comporte, surtout à l’époque médiévale le sème de mouvement). D’ailleurs, Adam justifie la nécessité de cette raison (car on pourrait tout léguer aux intuitions, au talent...) avec un accent très pascalien :
« Mais nous voudrions saisir sa signification d’une manière encore plus radicale. La raison est nécessaire parce que les bonnes intentions de la pensée ne sont pas suffisantes. »[9]
Il ajoute de manière très éclairante. Car en effet :
« Le désir de vérité ne débouche pas sur l’établissement d’une vérité ; il faut le contrôle permanent de l’esprit critique. La fonction de la raison est ainsi négative ; elle doit empêcher l’esprit de « déraisonner », c’est-à-dire de s’abandonner à la logique des passions, à la facilité d’une affectivité superficielle, à l’exotisme de l’imagination. »[10]
La raison nous aide à nous surveiller. Ecoutons sur ce sujet un autre grand rationaliste du siècle dernier. Dans La raison et les normes, publié en 1948, Lalande écrit :
« Croire à la raison, en ce sens, c’est admettre dans tout homme normal une capacité foncière de reconnaître certaines propositions pour vraie ou pour fausses, d’apprécier des différences de probabilités, de distinguer un mieux et un pire dans l’ordre de l’action, ou de la production ; et cela non pas seulement d’une manière effective, par une sorte d’avertissement impressionniste, comme celui par lequel nous sentons notre corps dispos ou mal à l’aise, mais sous forme d’idées générales et d’assertions conscientes, énonçables, sans équivoques, qui s’imposent aux esprit dans leurs rapports intellectuels [...] La raison est donc un facteur essentiel de la « personnalité » morale, en tant qu’irréductible aux intérêts, aux passions, ou aux lubies de l’individus. Et c’est ce qui fait qu’elle est très mal vue par beaucoup d’entre eux. »
Lalande comme Adam sont deux philosophes qui n’oublient pas l’importance de la personnalité, en laquelle la raison s’incarne. D’ailleurs, Adam est un bon lecteur de Lalande, en montrant que seule la raison, contrairement à la bêtise, est capable de nous offrir des relations avec les autres :
« L’emploi de la raison rend possible la rencontre avec les autres esprits. Par la raison, l’homme se constitue en société. »
Bêtise et intelligence
Si la bêtise se caractérise par l’erreur, l’autosatisfaction, l’insuffisance, la faille, elle existe aussi chez les meilleurs esprits, ceux que l’on croit à l’abri de l’imbécillité parce qu’ils sont justement considérés par la multitudes comme raisonnables, au sens maximal du terme. Seulement, il convient de « gratter le verni ». Si Bergson, dans La pensée et le mouvant, esquissait une critique de la cuistrerie, Adam nous offre une peinture précise de ce qu’il appelle l’ « esprit qui ne veut pas souffler ».
Chez les grands esprits, remarque Adam, il y a un goût à la précipitation, voire à l’aveuglement. Paradoxalement, chez l’homme érudit, la bêtise s’accroît avec son érudition ; cela constitue alors un alourdissement spirituel conséquent.
Mais le type le plus intéressant à examiner, c’est l’esprit médiocre, c’est-à-dire moyen, « ni grands ni savant » nous dit le philosophe, à partir duquel on va pouvoir synthétiser le mécanisme même de la bêtise. Adam cite d’ailleurs un extrait d’une pensée de Joubert :
« Ces esprits lourds et qui nous gênent par leur poids et par leur immobilité. On ne peut les faire voler ni nager. Car ils ne savent point s’aider, ils vous serrent de près, ils vous entraînent. »[11]
Que retrouve-t-on dans ces deux types d’esprits et qui caractérise la bêtise ? Non pas la vigueur de la raison, la spontanéité de la sagacité, mais la « balourdise » de l’esprit. Eviter la bêtise c’est avoir un esprit léger, c’est-à-dire capable de se laisser « instruire » par le réel, par le monde. Alors que le jugement abrupt caractérise un esprit limité et bête, la sagacité et l’ouverture témoignent de la plus haute intelligence. Ainsi quand tout devient « régularité, automatisme, la vie quitte la réflexion » :
« C’est le péché contre l’esprit, puisque celui-ci se nie comme esprit. La réflexion devient savoir, la spiritualité dogme, la pensée politique tyrannie, l’engagement fanatisme [...] Aucune signification n’est attribuée au réel, aucune aptitude au doute, à la réflexion. »[12]
Quels remèdes contre la bêtise ? Des conseils francs et pratiques : l’esprit critique, la vivacité spirituelle, la pénétration grâce à laquelle la pensée va droit à l’essentiel. Il semble alors que le sommeil de l’esprit soit notre pire ennemi !
[1] Michel Adam, « Avant-Propos » in Essai sur la bêtise, La table ronde, Paris, 2004, p. VIII
[2] Ibid.
[4] Lavelle, Tous les êtres séparés et unis in Le mal et la souffrance, Martin Morin, Bouère, 2000, I, p. 90
[5] Michel Adam, op. cit. , p. 9
[6] Ibid.
[7] Adam, op. cit. , p. X
[9] Adam, op. cit., P. 58
[11] Adam, op. cit., p. 84.
[12] Adam, op. cit., p. 85
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10 avril 2008
Les viellistes, VII : sublimité de Valentin Clastrier
Puriste ou non, auditeur, spectateur lointain ou proche, Clastrier (né en 1947) laisse à tous une marque incomparable. Maître incontesté de la vielle, qu’il fait évoluer à grand pas, il fascine, irrite, rebute. Son niveau technique, jusqu’ici inégalé, est le fruit d’une recherche permanente. Issu d’un milieu non traditionnel, passionné de musique contemporaine, de jazz et de sons plus orientaux, ce vielliste surdoué, élève de Louis Martini, est à l’origine de nombreuses innovations sur l’instrument : avec le luthier Denis Siorat, il met au point les premières vielles électroacoustiques dont le nombre de cordes et par conséquent de possibilités, sont bien supérieures à la vielle acoustique.
Il publie en 2006 un livre La vielle & l’univers de l’infinie roue-archet, que l’on pourrait qualifier de méthode, bien que l’auteur s’en défende. Dans ce traité «non-méthodique » attendu, Valentin Clastrier propose une conception plus complexe et plus précise du jeu de vielle. Concernant le détaché, qu’il est un des rares à considérer comme un art du « doigté », il distingue trois grands groupes de coups de poignet, au lieu de deux (réguliers, irréguliers) dans l’apprentissage classique : les coups primaires (les réguliers), secondaires (les irréguliers) et tertiaires (comprenant les coups composés, composés-irréguliers, relâchés, relâchés-irréguliers et décalés). Parmi ces coups ou détachés, certains sont désignés par Clastrier comme générateurs : ce sont des coups (semblables à des schèmes) qui engendrent d’autres coups plus complexes. Voici par exemple le schéma du détaché de huit (in Imageries des coups de poignet, p. 96)

A l'écoute, même pour un vielliste, la musique de Clastrier nous désoriente. Puis, quelques secondes après, l'on se sent happé dans le court d'un voyage. La mélodie joue d'étranges notes, semblables au paysage qui défile très vite, par-delà les vitres d'un wagon. Sur scène, Clastrier interprète merveilleusement, les yeux mi-clos, la vielle contre le ventre - fusion de deux corps - célébrant à travers la musique, une union immédiate, sauvage mais retenue, entre le musicien et le cycle de l'archet infini. Emportant la vielle vers le sublime, c’est-à-dire jusqu’à l’effroi même. Clastrier espère avec modestie, même si cela est très peu probable, qu’il sera « dépassé ».
Nous écouterons Comme dans un train pour une étoile, extrait de l’album Hérésie (1991) :
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01 avril 2008
Les viellistes, VI : Patrick Bouffard et la tradition
Au milieu des années quatre-vingt, le monde de la musique traditionnelle découvre un nouvel instrumentiste, dont on cerne encore mal le jeu. Influencé par le style bourbonnais, grand admirateur de Gaston Rivière, le nouveau petit prince de la vielle est arrivé. Patrick Bouffard, né en 1963, nous offre alors une musique déroutante, qu’il fait sortir d’une vielle unique. Cette vielle, c’est une Nigout de 1880, dont le son fascinera viellistes et luthiers, qui tentent en vain d’en reproduire le son. La vielle de Bouffard est unique, et son jeu aussi. Malgré un détaché très gras et peu précis mais très rythmique, la force de ce vielliste tient à un jeu de clavier exceptionnel, et à un doigté d’une virtuosité inouïe. Au-delà de l’évolution des types de jeux, et la transformation continue de l’instrument, Patrick Bouffard a préféré rester fidèle à la vielle classique et à la tradition bourbonnaise et berrichonne. Cependant, sa musique se dirige volontiers vers les métissages de toutes sortes, dont les résultats sont plus ou moins appréciables.
Nous écouterons d’abord Patrick Bouffard interprétant Le dénicheur, uniquement au clavier, sur la première chanterelle :
Le voici en duo avec Gilles Chabenat sur l'Anglard suivi de Plumet. On reconnaît son jeu gras et percutant :
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