10 avril 2008
Les viellistes, VII : sublimité de Valentin Clastrier
Puriste ou non, auditeur, spectateur lointain ou proche, Clastrier (né en 1947) laisse à tous une marque incomparable. Maître incontesté de la vielle, qu’il fait évoluer à grand pas, il fascine, irrite, rebute. Son niveau technique, jusqu’ici inégalé, est le fruit d’une recherche permanente. Issu d’un milieu non traditionnel, passionné de musique contemporaine, de jazz et de sons plus orientaux, ce vielliste surdoué, élève de Louis Martini, est à l’origine de nombreuses innovations sur l’instrument : avec le luthier Denis Siorat, il met au point les premières vielles électroacoustiques dont le nombre de cordes et par conséquent de possibilités, sont bien supérieures à la vielle acoustique.
Il publie en 2006 un livre La vielle & l’univers de l’infinie roue-archet, que l’on pourrait qualifier de méthode, bien que l’auteur s’en défende. Dans ce traité «non-méthodique » attendu, Valentin Clastrier propose une conception plus complexe et plus précise du jeu de vielle. Concernant le détaché, qu’il est un des rares à considérer comme un art du « doigté », il distingue trois grands groupes de coups de poignet, au lieu de deux (réguliers, irréguliers) dans l’apprentissage classique : les coups primaires (les réguliers), secondaires (les irréguliers) et tertiaires (comprenant les coups composés, composés-irréguliers, relâchés, relâchés-irréguliers et décalés). Parmi ces coups ou détachés, certains sont désignés par Clastrier comme générateurs : ce sont des coups (semblables à des schèmes) qui engendrent d’autres coups plus complexes. Voici par exemple le schéma du détaché de huit (in Imageries des coups de poignet, p. 96)

A l'écoute, même pour un vielliste, la musique de Clastrier nous désoriente. Puis, quelques secondes après, l'on se sent happé dans le court d'un voyage. La mélodie joue d'étranges notes, semblables au paysage qui défile très vite, par-delà les vitres d'un wagon. Sur scène, Clastrier interprète merveilleusement, les yeux mi-clos, la vielle contre le ventre - fusion de deux corps - célébrant à travers la musique, une union immédiate, sauvage mais retenue, entre le musicien et le cycle de l'archet infini. Emportant la vielle vers le sublime, c’est-à-dire jusqu’à l’effroi même. Clastrier espère avec modestie, même si cela est très peu probable, qu’il sera « dépassé ».
Nous écouterons Comme dans un train pour une étoile, extrait de l’album Hérésie (1991) :
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