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31 janvier 2008

Guerre

Clac !

Au sol

Au milieu du monde

          Houleux

          Ouvert

          Evasé

Fumantes à l’air les tripes

Immondes d’humanités

          Organisées

          Serrées

          Usées

Qu’un couac

Vient ouvrir

Sans refermer.

 

22 janvier 2008

Dans la rue

 

L’eau glissait devant moi, traçant sur le sol d’innombrables petits filets. Je courais vite, en oubliant presque ma respiration douloureuse. L’eau s’était maintenant déposée sur mes pupilles, comme une chape uniforme : j’étais aveugle pour un instant.

 

- Saleté !

 

L’insulte venait de loin, comme du fond d’une boite. Son écho se perdit dans le brouhaha des passants, pour ne laisser place qu’à des cris indistincts. La ville, je la connaissais bien, j’y étais née et j’y mourrai sans doute ; elle ne m’étonnait pas. Elle m’avait forcé à vivre, et je parle de force parce que je n’avais rien choisi : elle m’avait tout imposé. Je mangeais ce qu’elle m’offrait, je dormais dans des endroits que le hasard avait doté d’un toit de ciment, de carton, de papier mâché.

 

- Merde ! C’est quoi ?

 

Un type s’excuse a peine. J’assiste, comme d’habitude, à sa poésie d’injures, gratuite, sans m’avoir regardé.

 

 

- Cinq euros madame… non, les cacahuètes grillées c’est cinq euros…

 

Moi je n’aimais pas trop les cacahuètes et toutes ces cochonneries écoeurantes, pourtant je regardais ça, assise devant un tas de poubelles. Je fermais les yeux et je sentais les odeurs, j’essayais de distinguer les bruits lointains. Il m’arrivait d’être tellement concentrée, que je percevais le ronronnement des voitures sur le périphérique. J’ai eu le temps de souffler, et j’ai retrouvé la vue. Le nez me gratte un peu et c’est bon signe, c’est peut-être un jour de chance. Je regarde sur la droite, ça doit venir de ce côté, mais il va falloir se pencher.

- Bordel !

- Vous n’avez pas de chariot ?

- Faut dire ça au patron ! C’est tout juste s'il pense à nous payer… alors un chariot !

 

Et le bonhomme soulevait péniblement sa cagette, pour la jeter sur le comptoir de la boutique avec un grand soulagement. En posant discrètement une patte sur la vitrine, je vis qu’il y avait là au moins une douzaine d’emmentals… Il y en aura sans doute un peu pour un petit ventre de souris.

14 janvier 2008

Serge Berry le "sans complexes"

0a1973e5453d5939b4747758d5d1c063.jpg      L’accordéon musette. Une voix comme elle vient. Un large sourire. Des chemises de toutes les couleurs. Des pochettes de disques qui en font trop. Pourrions-nous ainsi résumer Serge Berry ? Nous n’en voudrons à personne de se moquer de la « griffe » Serge Berry, puisque nous n’y prêtons pas attention, ni nous ni lui. Berry est passé outre l’apparence, outre le style, les modes, le grotesque, le beau, le ridicule, le convenable : il est simplement lui, et reste inimitable.

En écoutant le musicien, en partageant l’amour qu’il a pour son pays, nous avons immédiatement éprouvé beaucoup de tendresse pour cette figure incontournable. Il suffit de rencontrer çà et là cet accordéoniste grand et massif, et de lui serrer la main ; une main qu’il vous empoigne avec force en redressant le torse et en affichant un sourire à pleines dents : un personnage.

Lorsque nous parlons de tendresse à son égard, nous voulons dire d’abord que nous reconnaissons son talent incontestable de virtuose, une capacité à s’adapter à d’autres musiciens et sa forte personnalité musicale. Ensuite, qu’il est arrivé à vivre sa musique avec bonheur, n’affichant jamais la difficulté sous toutes ses formes.

Il était le lieu pour nous de lui rendre un petit hommage, en lui souhaitant encore une longue carrière afin qu’il nous véhicule de bonheur qui, chez lui, est extrêmement contagieux ! Merci Monsieur Berry !

On écoutera une gigue Y'a trois gars avec Gaston Rivière à la vielle :

11 janvier 2008

Philosophie et liberté

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La pensée actuelle participe parfois d’un asservissement aux médias, à la publication effrénée, sans souci de clarté ni de recherche. La pensée, disait Descartes, a toujours été libre d’entraves, et ne peut se définir ainsi que sous cette condition.

 

On écoutera un passage d’une lettre de Descartes adressée à son ami le père Dinet . Descartes sera, à la suite de la publication de cette lettre, sévèrement condamné par l’université d’Utrecht (Pays-Bas). Un certain Martin Schook, professeur de philosophie de l’Académie de Groningue, publie l’Admirable méthode, violent et long pamphlet sur les thèses de Descartes.

 

Descartes s’exprime en ces termes sur la mission première de la philosophie :


08 janvier 2008

Visite à Judith

Dans la chambre de Judith.

 

JISTHRESCUS

 

 

Voilà bien ta sagesse Judith ! (Il lui tend la main) Vois ma main ! Elle continuera ton œuvre au nom du Père. Mais je te le demande : n’use pas de violence et cherche conseil.

 

 

 

 

JUDITH

 

 

Mais la lutte participe de la sagesse, et ma foi, ma beauté, sont-elles plus importantes que mon peuple entier ? Si je dois mourir, je m’efforcerai d’être aussi belle que lui.

 

 

          Jisthrescus s’approche de Judith. A genoux, il enduit doucement sa main d’une huile odorante.

 

JISTHRESCUS

 

 

Tu ne peux te livrer en pâture à cet homme qui nous maudit.

 

 

 

JUDITH

 

 

Il a seulement perdu la tête et la gloire est son dieu : ne juge pas sa nature…

 

 

 

JISTHRESCUS

 

 

Mais ton peuple mourra de te perdre !

 

 

 

JUDITH

 

 

Il mourra sauvé.

 

 

 

JISTHRESCUS

 

 

Soit. Quoique tu fasses, je serai avec toi.

 

 

 

JUDITH

 

 

Je reviendrai demain mon ami quand tout cela sera terminé. Tu n’as aucune raison de te morfondre. Regarde bien mon visage, et dis-moi que tu y vois ton peuple et sa vocation.

 

 

 

 

JISTHRESCUS

 

 

Je le vois. S’il est blessé, je serai là pour le guérir et lui pardonner parce qu’il aura souffert en toi ou pour lui-même.

 

 

 

 

JUDITH

 

 

Voilà qui est bien dit. Laisse-moi maintenant !

 

 

Jisthrescus sort. Judith se regarde dans son miroir et dit cela : « Demain commence ma destinée et celle des innocents. » Le lendemain elle tua le seigneur de guerre après l’avoir séduit et s’en retourna au milieu de son peuple. Jisthrescus se préparait à son tour.

Mort et partage

    Il y a dans chacun de nos gestes la matrice de la fragilité : le périssable. La finitude humaine, que d’autres célèbrent bien mieux que nous, est à son point le plus haut lorsque la mort nous enlève ceux que nous aimons. Mais le tragique est surtout ce fait de ne pouvoir éprouver sa propre perte, car nous partons seul, notre mort étant pour les autres et non pour soi. Qu’ai-je à faire de ma propre mort ? Rien car à cet instant pour l’éternité, comme l’écrivait Epicure, je ne suis déjà plus.

Voici le comble de la misère humaine, qui est de ne pas pouvoir se voir soi-même comme un être manquant-au-monde. Nous ne pouvons pas pleurer notre propre disparition, alors nous léguons cela aux autres en les entraînant davantage vers la mort. Dieu et ceux qui restent vivent pour moi mon épreuve.

   Et moi aussi, je l’ai donc trouvée à la fin, la mort qu’il me fallait ! J’ai connu cette femme. J’ai connu l’amour de la femme. 

   J’ai possédé l’interdiction. J’ai connu cette source de soif ! 

   J’ai voulu l’âme, la savoir, cette eau qui ne connaît point la mort ! J’ai tenu entre les bras l’astre humain !

   O amie, je ne suis pas un dieu, 

   Et mon âme, je ne puis te la partager et tu ne peux me prendre et me contenir et me posséder.[1]

L’Amour donc,  comme moyen de vivre sa mort comme une éternité vivante. Car tout amour particulier participe de l’Amour divin. Fusionner n’est pas possible nous dit Claudel, parce que nous ne sommes point d’essence divine. Mais nous quittons le poète lorsqu’il épelle l’incommensurabilité entre l’âme et sa donation à la femme aimée. Au contraire, il nous paraît plutôt que l’amour n’est que partage de soi, possession réciproque pour l’Eternité. Se donner à l’aimée, c’est peut-être se donner au divin : la possession est permise absolument. En ce sens, dire simplement je t’aime, c’est déjà donner et être tout entier contenu.



[1] Paul Claudel, « L’Esprit et l’eau » in Cinq grandes odes, Paris, Gallimard, 1957.

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