30 octobre 2007
Promesse
« Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis »
(Luc, 24 40)
Dans la Cité de Dieu (XVIII ; LIII), Saint Augustin se demande pour combien de temps encore l’Eglise va perdurer. Aussi le philosophe laisse-t-il parler Christ, qui répond aux interrogations de ses disciples :
Il ne vous appartient pas de connaître les temps dont mon Père s’est réservé la disposition
Cette réponse creuse encore notre crainte. Nous, dont la foi s’avance, timide, frêle, nous trouvons en la Parole , ces mots durs et inquiétants. Pourtant, nous aimons ces mots que Jésus adresse à l’hémorroïse qu’il vient de guérir :
Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix
Mais le combat qu’il faut mener pour la foi, en la foi, devient encore plus rude lorsque l’on trouve la maison de Dieu presque vide. Au milieu du mimétisme religieux, des habitudes vidant le sens, comment notre génération peut-elle venir à Dieu ? Parce qu’elle a peur, parce qu’elle est submergée de doutes, il faut qu’on lui tende une main pure, et non lourde de dogmatisme. Notre foi peut-elle grandir isolée de l’Eglise ? Peut-on espérer qu’elle nous soutienne, qu’elle nous sauve, lorsqu’elle ne trouve pas d’aide pour monter plus haut vers Dieu ?
L’Eglise se déconstruit, les fidèles sont absents ou se pervertissent en pharisiens… Quelques- uns semblent subsister. Alors que l’eucharistie invite, elle ne trouve que peu de monde pour s’exprimer : nous-mêmes avons participé à ce dépeuplement, à cette défiguration parce que nous ne postulions pas, et avons toujours refusé l’Appel.
Nous avons compris qu’il faut chercher, et espérer de la Promesse. C ’est dans la difficulté et avec une immense fragilité que nous le faisons nécessairement.
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28 octobre 2007
Ecrire
Il y a cela d'étrange, dans l'Ecriture, qu'elle ne dise pas les choses. On trouve toujours beaucoup de pauvreté à parcourir une syntaxe baignée de nécessité dont les mots sont utiles à l'expression. Nous voulons dire que l'écriture ne doit jamais être motivée par la volonté de dire, c'est-à-dire rendre la rudesse et la résistance des objets, la complexité et la forme même de nos idées. Ecrire n'est pas dessiner.
Pour que les mots s'agencent, et lorsqu'il y a écriture, surgit du même coup un déracinement des choses et des idées. Ecrire n'est ni plus ni moins que de les couper de leurs racines matérielles ou idéelles, pour qu'elles deviennent des choses écrites. Le mouvement de la plume, irrégulièrement continu, s'accompagne toujours d'une sorte de lévitation, qui est celle du style. Parce que le style est la rencontre entre ce qui vient à l'esprit et ce que cet esprit en fait, il ne peut qu'en résulter une tension étrange, qui fait se lever l'imaginaire de la plume. Lorsque ce style, qui est la réalité même, s'épanche sur la page, il dessine non plus le réel mais une valeur de celui-ci. En ce sens, ce qui fait la richesse de l'écriture, c'est qu'elle vaut toujours plus que ce sur quoi elle écrit, parce qu'elle le transforme. Et les hommes ne parlent jamais du réel, mais ils discutent toujours sa valeur : écrire n'est jamais un acte réaliste, ni sur-réaliste, mais la célébration de leur entrelacs.
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23 octobre 2007
Chut !
Je vois ma tombe au soleil
De mars et la croix dorée.
La rosée fraîche l’éveille,
De cette nuit apaisée.
Quel Bonheur ! je m’y prépare,
A la limite franchie
D’un seul pas, entre l’Histoire
Qui nous fait « Chut ! » et la Vie.
Mais totalement pour tous,
Les paroles doivent encore
Y raisonner en secousses
Dedans la tombe des morts.
Entendez le grand courroux,
C’est alors celui qui dit :
« Priez encore pour Nous :
La Vie brille dans son lit ! »
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21 octobre 2007
Un autre horizon
L'esprit reste ardent. Mais il se dirige autrement, avec un autre regard : celui-ci est double. Vers l'intérieur, puis vers l'extérieur ; toujours. C'est le mouvement même de la pensée, c'est comme cela que tout devient riche.
Ce n'est pas ici un "blog" que je vais tenir, ce n'est sûrement pas un journal intime, et je ne vais pas constituer un ensemble de confidences. Demain n'est plus à la confidence mais à l'entretien, à la liaison, au rapport. La parole se réduit trop souvent à un agrégat de faits, et n'est que trop rarement un ensemble, une totalité cohérente. C'est cela que je veux, mais je le veux avec souplesse, comme une tentative.
Cet essai, ce rythme que je vais jouer, ces chroniques maladives, nous allons les partager, je l'espère ; elles ne sont que partage.
Nous commençons une nouvelle aventure, qui n'est plus celle de la polémique, mais de l'écart permanent. Si vous en êtes partisan, je vous accueille ici avec un grand bonheur.
21:05 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

