28 octobre 2009

Les Viellistes, XIII : Marc Anthony ou l'art de l'exigence.

anthony.jpgLa musique de Marc Anthony est singulière. Vielliste en marge des modes, ayant très tôt emprunté les chemins transversaux, cet « auvergnat de Paris » passe son temps à soigner sa musique, avec un goût toujours redoublé pour la précision. Avec Valentin Clastrier, M. Anthony est l’un des seuls à faire entrer autant d’exigence dans le jeu de vielle.  Son détaché redoutable, sec et très technique sait aussi bien assouplir et embellir des mélodies traditionnelles que des compositions plus récentes et compliquées. Quelques chefs-d’œuvre de ce musicien comme la suite de bourrées Quasi-modal témoignent de la recherche et de la finesse de ce grand talent.

Il y a une atmosphère de la musique de Marc Anthony, étroitement liée à l’homme, serein, d’un calme olympien, sans cesse réfléchi et clairvoyant. Cette musique, claire et minérale est charriée par une grande tradition, qu’elle renouvelle avec une rare performance. M. Anthony excelle aussi bien sur des vielles acoustiques que sur des modèles électroacoustiques de prédilection.

On écoutera Nobody Noce puis Quasi-modal, extraits de Marc Anthony, Vielle à roue, publié chez Cinq Planètes :




20 septembre 2009

Sur la passion amoureuse

             D’ordinaire nous renvoyons le mot passion à son étymologie : la souffrance, la passivité, la soumission en sont les déterminations les plus explicites. Liée à l’amour, la passion se teinte alors d’une acception péjorative : on pensera à Kant, écrivant que la passion se sert de la raison comme d’un instrument afin d’arriver à ses fins.

            Pourtant si l’on prend le temps de considérer la passion amoureuse, il n’est pas difficile de voir qu’elle renferme en elle de l’activité. Elle est, si l’on veut, le moteur d’une intense vie intérieure. En cela, parce qu’elle nous tourmente et qu’elle ébranle l’ordre de la raison, le jugement qu’elle convoque est en-deçà de toutes catégories. En régime de passion amoureuse, la spontanéité, liée à l’obsession de l’autre, est à son comble.

            On peut dire que la passion est créatrice, dans la mesure où elle dévoile de multiples possibilités, aussi radicales, intenses et extrêmes que saugrenues. Dans un long métrage récent de M. Cédric Kahn[1], le récit de cette vie intérieure est déroulé. On s’aperçoit que la relation des amants, comprenant leurs recherches mutuelles (corporelle, spirituelle) est rendue possible par des longueurs. Et ces longueurs sont essentielles, merveilleusement déployées par le réalisateur : elles traduisent le ronronnement continuel de l’évaluation, de l’obsession, de la tentative prête à se métamorphoser en action aboutie. S’il faut retenir de la passion qu’elle est destructrice, il ne faut pas oublier son versant positif : l’acuité qu’elle provoque rend vivant.



[1] Les Regrets de Cédric Kahn.

29 août 2009

De Vendée

I. Côte

Ce que la mer apporte

C’est l’eau comme un caprice.

Sable bleu en été,

Gris en hiver.

Sur les longues plages

                  De Vendée.

Et l’air rocheux

                  Et royal,

Vent-roi étalé

Souffle en vagues salées

Aux marais immobiles

Du silence en reflets.

 

II. D’Yeu

Soleil en berne

Et Port-Joinville

Nous déploie

Vers les terres.

 

Là, lumières du Christ

En vitrail,

Puis sa croix

Jusqu’en mer.

Île parée de couleurs

Île et son grand condamné

Toujours au temps mariée.